Skip to main content

Budget 2026 : la fin du financement du permis de conduire par le CPF fait polémique

Le projet de budget 2026 marque un tournant décisif pour le financement du permis de conduire en France. Une fois adopté, le texte prévoit de réserver l’utilisation du compte personnel de formation (CPF) pour le permis de conduire aux seuls demandeurs d’emploi. Une décision qui suscite une vive contestation, tant le permis de conduire constitue aujourd’hui la formation la plus mobilisée via ce dispositif.

La mesure a été adoptée sans vote à l’Assemblée nationale, par le recours à l’article 49.3, renforçant le sentiment de passage en force dénoncé par de nombreux acteurs. Pour les associations d’usagers, les représentants des auto-écoles et une partie des partenaires sociaux, cette réforme traduit un profond décalage entre les choix budgétaires de l’État et les réalités vécues par les travailleurs.

Une décision vécue comme une atteinte aux droits des actifs

Les critiques sont particulièrement virulentes du côté des associations de défense des automobilistes. Selon elles, restreindre l’accès au CPF pour financer le permis revient à ignorer les besoins essentiels de millions de Français. « La mobilité n’est pas un luxe, c’est une nécessité pour vivre et travailler », rappellent-elles, en soulignant que de nombreux actifs dépendent exclusivement de la voiture pour se rendre sur leur lieu de travail.

Pour les salariés modestes, les jeunes actifs et les travailleurs des zones rurales ou périurbaines, le permis de conduire est souvent la condition sine qua non de l’emploi. Or, ces publics ont précisément cotisé au CPF tout au long de leur parcours professionnel, dans l’objectif de financer une formation utile à leur insertion ou à leur maintien dans l’emploi. Leur retirer cette possibilité est perçu comme une remise en cause directe de leurs droits.

Certaines organisations parlent même d’un « mépris total » à l’égard de ceux qui travaillent, estimant que l’État pénalise des personnes déjà fragilisées par la hausse du coût de la vie et les contraintes de mobilité.

Un outil central du CPF depuis 2019

Depuis l’ouverture du financement du permis B via le CPF en 2019, ce dispositif s’est imposé comme un levier majeur d’accès à la mobilité. Le coût du permis, compris en moyenne entre 1 500 et 2 000 euros, représente une dépense difficilement supportable pour de nombreux ménages sans aide extérieure.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2023, le permis de conduire représentait 23 % des formations financées par le CPF, selon les données du ministère du Travail. En 2024, près d’un quart des candidats au permis B auraient utilisé leur CPF pour financer leur formation, soit environ 1,5 million de personnes. Pour les auto-écoles, cette possibilité de financement est devenue un pilier économique essentiel.

Les motivations avancées par le gouvernement

L’amendement à l’origine de cette restriction a été voté au Sénat en décembre, avant d’être maintenu dans le cadre du budget 2026. Selon ses défenseurs, l’objectif n’est pas de réaliser des économies budgétaires à court terme. Les actifs continueront à utiliser leur CPF, mais pour d’autres types de formations.

L’intention affichée est de recentrer le CPF sur des actions jugées plus directement liées à l’évolution professionnelle, notamment les bilans de compétences. Ces derniers sont présentés comme des outils clés pour accompagner les reconversions et sécuriser les parcours professionnels dans un contexte de mutations du marché du travail.

Les partisans de la réforme soulignent également que l’ouverture du CPF au permis de conduire n’a pas entraîné d’augmentation du nombre total de permis délivrés chaque année. Celui-ci reste stable, autour d’un million. Le CPF aurait surtout permis de transférer une dépense auparavant supportée par les ménages vers un financement mutualisé, représentant près de 300 millions d’euros par an.

Une fracture sociale redoutée

Ces arguments peinent toutefois à convaincre les opposants à la réforme. Selon eux, réserver le financement du permis aux seuls demandeurs d’emploi crée une rupture entre les publics. Moins d’un tiers des bénéficiaires du CPF pour le permis sont des chômeurs, tandis que plus de 75 % ont plus de 25 ans et sont déjà insérés dans la vie active.

Ce sont donc majoritairement des travailleurs qui seront exclus du dispositif. Une situation paradoxale, puisque ce sont eux qui alimentent le CPF par leurs cotisations. Pour les associations, cette décision revient à priver les actifs de l’usage d’une épargne qu’ils ont eux-mêmes constituée.

Au-delà de l’aspect financier, certains alertent sur des conséquences indirectes mais préoccupantes. En rendant l’accès au permis plus difficile, la mesure pourrait pousser certains travailleurs précaires à conduire sans permis ni assurance, avec des risques accrus en matière de sécurité routière.

Un impact économique pour les auto-écoles

Le secteur des auto-écoles s’inquiète également des effets de cette réforme. La fin du financement du permis par le CPF pour les actifs pourrait entraîner une baisse significative du nombre d’inscriptions, fragilisant un secteur déjà confronté à des tensions économiques et à des difficultés de recrutement.

Pour ces professionnels, le permis de conduire ne doit pas être considéré comme une formation secondaire, mais comme un outil structurant de l’emploi et de l’autonomie. Ils redoutent que cette décision ne pénalise durablement l’accès à la mobilité, en particulier pour les publics les plus dépendants de la voiture.

Un débat toujours ouvert

Alors que le budget 2026 s’apprête à être adopté, la suppression du financement du permis par le CPF pour les actifs continue de susciter incompréhension et colère. Entre volonté de réorienter le CPF et nécessité de garantir l’accès à la mobilité, le débat met en lumière une question centrale : le permis de conduire est-il un simple coût individuel ou un véritable investissement social et professionnel ?

Pour de nombreux acteurs, la réponse ne fait aucun doute. Dans une France où l’emploi reste étroitement lié à la capacité de se déplacer, restreindre l’accès au permis revient à fragiliser encore davantage ceux qui travaillent déjà.

Vous désirez:

  • CRM & LMS
  • Parcours de formation E-learning
  • Formateurs distanciel / présentiel
  • Consultants

Boostez votre activité avec Eforma!