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Opco sous pression budgétaire : la CFDT dénonce des économies jugées excessives et déséquilibrées

Le projet de loi de finances pour 2026 place les opérateurs de compétences (Opco) au cœur d’un effort budgétaire sans précédent. L’État leur demande de réduire leurs dépenses de fonctionnement de 100 millions d’euros dès l’an prochain, dans un contexte de redressement des comptes de France compétences, dont le déficit cumulé atteint 8,5 milliards d’euros entre 2021 et 2023. Pour Marylise Léon, secrétaire générale de la CFDT, cette orientation soulève de profondes inquiétudes, tant sur le fond que sur la méthode.
Contents
- 1 Des économies jugées disproportionnées
- 2 Préserver les spécificités de l’apprentissage
- 3 Le paritarisme mis à contribution
- 4 Une défense assumée des outils paritaires
- 5 D’un objectif quantitatif à une exigence qualitative
- 6 Le débat sur le coût réel de l’apprentissage
- 7 Travail, retraites et perspectives de réforme
- 8 Un budget social encore insuffisant
Des économies jugées disproportionnées
La CFDT ne conteste pas le principe d’une réflexion sur l’efficacité des Opco. Marylise Léon le reconnaît : des marges d’optimisation existent et certaines dépenses peuvent être réexaminées. Mais, selon elle, l’ampleur des économies exigées apparaît excessive au regard des missions confiées à ces structures paritaires.
Derrière ces 100 millions d’euros d’économies se profile un risque concret : jusqu’à 1 500 suppressions de postes pourraient être envisagées dans les Opco. Une perspective que la CFDT juge incompatible avec le maintien d’un service de qualité, notamment en matière d’apprentissage et de gestion des contrats de formation. Pour la responsable syndicale, réduire les moyens humains revient mécaniquement à fragiliser l’accompagnement des entreprises et des salariés.
Préserver les spécificités de l’apprentissage
L’un des points de vigilance majeurs concerne la tentation de centralisation. Derrière l’objectif affiché de rationalisation des coûts, la CFDT redoute une standardisation excessive qui ferait disparaître les spécificités sectorielles et territoriales. Or, selon Marylise Léon, la force des Opco réside précisément dans leur connaissance fine des branches professionnelles et de leurs besoins.
L’apprentissage, en particulier, nécessite une gestion adaptée, tenant compte des réalités économiques locales, des métiers en tension et des parcours individuels. Une approche trop technocratique, pilotée uniquement par des objectifs budgétaires, risquerait de dégrader la qualité des dispositifs et de nuire à leur efficacité. La CFDT se dit donc fermement opposée à toute remise en cause de l’existence même des Opco, estimant qu’on ne peut pas, d’un côté, promouvoir le dialogue social et le paritarisme, et de l’autre, affaiblir les outils qui les incarnent.
Le paritarisme mis à contribution
Au-delà des Opco, la CFDT pointe un phénomène plus large : le recours croissant de l’État aux fonds gérés par les partenaires sociaux. Le prélèvement de 12 milliards d’euros sur l’assurance-chômage au cours des dernières années illustre, selon Marylise Léon, une forme de paradoxe. Alors que les partenaires sociaux sont régulièrement critiqués pour leur lenteur ou leurs désaccords, leur bonne gestion financière devient une ressource dans laquelle l’État n’hésite pas à puiser pour équilibrer ses comptes.
Ce constat vaut également pour d’autres structures paritaires, comme Action Logement. Pour la CFDT, cette situation révèle une difficulté persistante du pouvoir politique à accepter une véritable autonomie du paritarisme dans la définition des règles et la gestion des dispositifs sociaux.
Une défense assumée des outils paritaires
La CFDT revendique clairement son attachement aux outils paritaires dans les domaines de la formation et de l’apprentissage. Il ne s’agit pas, selon Marylise Léon, de défendre des intérêts corporatistes, mais d’affirmer une légitimité. Les organisations syndicales et patronales sont, à ses yeux, les mieux placées pour comprendre les besoins des branches et construire des réponses adaptées.
Cette position s’inscrit dans un contexte où l’apprentissage traverse une phase de remise en question. La baisse des aides a déjà des effets visibles : de nombreux jeunes peinent à trouver une entreprise d’accueil. Si l’objectif d’atteindre un million d’apprentis était politiquement mobilisateur, encore fallait-il, selon la CFDT, en garantir la qualité et la soutenabilité.

D’un objectif quantitatif à une exigence qualitative
La CFDT n’a jamais contesté l’intérêt de fixer des objectifs ambitieux. Mais elle insiste sur la nécessité de dépasser une logique purement quantitative. L’ouverture massive du marché des centres de formation, sans régulation suffisante, a généré des effets d’aubaine. Résultat : près d’un apprenti sur deux ne va pas au bout de son contrat.
Pour Marylise Léon, le véritable indicateur de réussite ne réside pas dans le nombre d’entrées en apprentissage, mais dans la capacité des jeunes à terminer leur formation et à s’insérer durablement sur le marché du travail. Cette évaluation qualitative fait aujourd’hui défaut et devrait être au cœur des politiques publiques.
Le débat sur le coût réel de l’apprentissage
La question du coût de l’apprentissage cristallise également les tensions. Lorsque la Direction générale du Trésor avance un coût de 14 700 euros par apprenti pour les finances publiques, la CFDT dénonce une lecture partielle. En intégrant les taxes pré-affectées, le coût réel serait nettement inférieur.
Pour Marylise Léon, présenter les chiffres de cette manière revient à fragiliser l’image de l’apprentissage. Si l’objectif est de réduire les aides, il serait plus honnête de l’assumer politiquement plutôt que de s’appuyer sur des arguments comptables incomplets.
Travail, retraites et perspectives de réforme
La Conférence Travail Retraites, bien qu’elle ne débouche pas sur une négociation formelle, est perçue positivement par la CFDT. Elle permet, selon sa secrétaire générale, de remettre sur la table des sujets essentiels : conditions de travail, transitions écologiques et numériques, réindustrialisation, parcours professionnels, emploi des seniors et des jeunes.
La CFDT se dit ouverte à un débat sur la capitalisation des retraites, sans tabou. Mais elle rappelle que ce modèle suppose une contribution des employeurs, ce qui soulève des contradictions chez certaines organisations patronales. Pour le syndicat, l’enjeu central reste la construction d’un système plus souple, offrant un véritable choix dans les modalités et l’âge de départ, notamment via la retraite progressive.
Enfin, si le PLFSS 2026 adopté en décembre marque certaines améliorations par rapport au projet initial, la CFDT reste critique. Des sujets majeurs demeurent insuffisamment traités, comme la protection sociale complémentaire dans la fonction publique hospitalière ou certaines niches fiscales liées à la financiarisation de la santé.
Sur l’assurance-chômage, la CFDT estime que la négociation est désormais ouverte et que la lettre de cadrage initiale est caduque. Reste à savoir si le gouvernement confirmera durablement cette orientation. Pour Marylise Léon, la vigilance reste de mise : le dialogue social ne peut être crédible que s’il s’inscrit dans un cadre stable et respectueux des acteurs.