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Permis de conduire : le financement par le CPF bientôt réservé aux seuls demandeurs d’emploi

Le projet de budget 2026 acte un changement majeur dans les règles de financement du permis de conduire en France. Désormais, l’utilisation du compte personnel de formation (CPF) pour financer le permis B ne sera plus possible pour l’ensemble des actifs, mais uniquement pour les demandeurs d’emploi. Cette décision, annoncée dans le volet « dépenses » du budget présenté par le gouvernement, marque la fin d’une pratique largement répandue depuis plusieurs années.
Jusqu’à présent, le CPF constituait un levier essentiel pour de nombreux Français souhaitant accéder au permis de conduire. Depuis 2019, celui-ci était devenu la formation la plus souvent financée via ce dispositif public. Selon les données de la Dares, le service statistique du ministère du Travail, le permis B représentait à lui seul 23 % des formations financées par le CPF en 2023. Une proportion significative qui illustre l’importance de cet outil pour l’accès à la mobilité.
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Une autre aide supprimée pour les apprentis
La restriction ne s’arrête pas là. Le budget 2026 prévoit également la suppression de l’aide de 500 euros destinée aux apprentis passant leur permis de conduire. Cette aide, accordée sous conditions, visait à faciliter les déplacements entre le domicile, le centre de formation et l’entreprise d’accueil. Sa disparition inquiète les acteurs de l’apprentissage, qui y voient un frein supplémentaire à l’insertion professionnelle des jeunes.
Le coût du permis de conduire reste en effet élevé. En moyenne, il se situe entre 1 500 et 2 000 euros, une somme difficile à assumer pour de nombreux ménages, en particulier les jeunes et les travailleurs aux revenus modestes. Sans les dispositifs de soutien existants, l’accès au permis pourrait devenir encore plus inégal.
Un enjeu économique majeur pour les auto-écoles
Pour les auto-écoles, l’enjeu est considérable. Près d’un quart des candidats au permis B ont financé leur formation grâce au CPF. En 2024, environ 1,5 million de personnes se sont présentées à l’examen du permis de conduire, selon le ministère de l’Intérieur. La fin de ce mode de financement pour les actifs pourrait donc entraîner une baisse significative des inscriptions, avec des répercussions directes sur l’activité du secteur.
Les professionnels redoutent un recul durable de la demande, notamment dans les zones rurales et périurbaines, où la voiture reste souvent indispensable faute de transports collectifs suffisants. Pour eux, le permis de conduire ne peut être dissocié des enjeux d’emploi et de mobilité.
La logique défendue par le gouvernement
L’amendement à l’origine de cette réforme a été voté au Sénat en décembre, puis maintenu par le gouvernement dans le cadre du budget 2026. Ses défenseurs affirment que l’objectif n’est pas de réaliser des économies budgétaires. Selon eux, les actifs continueront à mobiliser leur CPF, mais pour d’autres types de formations jugées plus directement liées à l’évolution professionnelle.
Le sénateur Renaissance Xavier Iacovelli, à l’origine de l’amendement, a expliqué que la mesure vise avant tout à encourager l’utilisation du CPF pour des bilans de compétences. Ces derniers sont considérés comme des outils prioritaires pour accompagner les reconversions professionnelles, dans un contexte de transformations rapides du marché du travail.
« L’objet de cet amendement est de conserver le bilan de compétences comme action éligible au financement du CPF et de compenser financièrement le coût de ce maintien », avait-il précisé, soulignant le rôle central de ces dispositifs dans les parcours professionnels.

Un impact limité sur le nombre de permis délivrés
Les partisans de la réforme mettent également en avant un autre argument : l’ouverture du CPF au financement du permis n’aurait pas entraîné d’augmentation du nombre total de permis délivrés chaque année. Celui-ci reste relativement stable, autour d’un million par an. Selon cette analyse, le CPF aurait surtout permis de substituer un financement mutualisé à une dépense auparavant supportée directement par les ménages.
Le coût annuel de cette prise en charge est estimé à près de 300 millions d’euros. Une somme jugée conséquente, même si elle ne se traduit pas par une hausse globale du nombre de conducteurs formés.
Par ailleurs, les statistiques montrent que moins d’un tiers des bénéficiaires du CPF pour le permis de conduire sont des demandeurs d’emploi. Plus de 75 % ont plus de 25 ans et sont déjà insérés dans la vie active, ce qui alimente le débat sur la finalité du dispositif.
À l’inverse, de nombreuses voix s’élèvent contre cette réforme. Les auto-écoles, mais aussi plusieurs associations, estiment que la restriction crée une véritable fracture sociale. Selon elles, la mesure pénalise en priorité les travailleurs modestes qui dépendent de la voiture pour exercer leur activité professionnelle.
Ouvriers, aides à domicile, intérimaires, salariés des zones rurales ou périurbaines : tous cotisent au CPF, mais se verraient désormais refuser l’accès au financement du permis. Pour les opposants, il s’agit d’une remise en cause du principe même du CPF, conçu comme un droit attaché à la personne tout au long de sa vie professionnelle.
Ils redoutent également des conséquences indirectes, notamment un recours accru à la conduite sans permis ou sans assurance, avec des risques évidents en matière de sécurité routière.
Un débat loin d’être clos
Alors que le budget 2026 s’apprête à entrer en vigueur, la fin du financement du permis de conduire par le CPF pour les actifs cristallise les tensions. Entre volonté de recentrer le CPF sur des formations perçues comme plus stratégiques et nécessité de garantir l’accès à la mobilité, la mesure soulève une question fondamentale : le permis de conduire est-il une simple dépense individuelle ou un outil essentiel d’insertion professionnelle ?